Pour la première fois, Miriam Aglukkaq peut écrire correctement sa langue. Je suis tellement heureuse de voir que tous ces efforts ont abouti, j’ai travaillé très dur pour que notre dialecte soit codé en Unicode, déclare cette aînée et militante de la langue nattilingmiutut, qui vit à Gjoa Haven, au Nunavut.

« Je suis sûre que ce sera très utile pour les Natsilingmiut, qui vont désormais pouvoir utiliser le nattilingmiutut comme langue de travail. »

— Une citation de  Miriam Aglukkaq

Miriam Aglukkaq a passé des années à revitaliser le nattilingmiutut qu’elle parle depuis l’enfance. Dans une volonté de standardisation de ce dialecte inuktitut, elle a créé de nouvelles syllabes pour aider à combler les lacunes de la version écrite existante.

Et son travail a porté ses fruits, puisqu’il est désormais intégré à Unicode, une norme internationale de texte numérique permettant au texte de s’afficher correctement sur les ordinateurs, les téléphones et autres appareils électroniques.

Lorsque les lettres ne sont pas au format Unicode, cela signifie qu’elles ne s’affichent pas de la même manière sur tous les appareils. Elles peuvent apparaître comme des cases vides sur Facebook, par exemple, à moins que l’usager n’ait au préalable téléchargé la police sur son ordinateur.

Première étape : les lettres manquantes

Depuis 2007, Elisabeth Jansen-Hadlari et Attima Hadlari, qui dirigent Hadlari Consulting à Cambridge Bay, travaillent sur ce projet de normalisation du nattilingmiutut avec Mme Aglukkaq, ainsi qu’avec l’experte linguistique Janet Tamalik McGrath.

En s’efforçant de rassembler tous les mots que Mme Aglukkaq avait recueillis au fil des années, ils se sont vite aperçus qu’il n’y avait aucun moyen d’écrire certains sons. Il fallait parfois deviner la façon dont les mots étaient prononcés. C’est pourquoi le groupe a décidé de créer de nouveaux caractères pour représenter ces différents sons.

La police de caractères syllabiques et la correspondance en matière de prononciation.

Les nouveaux caractères syllabiques du nattilingmiutut

Photo : Gracieuseté : Kevin King

Kugaaruk, par exemple, s’écrivait auparavant Kugaajuk, explique Mme Aglukkaq. Maintenant, il peut être écrit comme il est prononcé par les gens de Kugaaruk.

D’après Elisabeth Jansen-Hadlari, la démarche était délicate, mais importante, et ce, surtout pour les jeunes générations.

« Ce sont les jeunes qui apprécient le plus. Un jeune m’a dit : “Maintenant, je sais comment mon nom doit être épelé”. Une fois qu’il a su l’écrire de la façon dont il se prononce, il m’a dit se sentir vraiment fier et a répété : “C’est mon nom”. »

— Une citation de  Elisabeth Jansen-Hadlari, Hadlari Consulting

Face à un comité international

Bien que le processus de création de cette nouvelle écriture syllabique ait été long, il a fallu peu de temps pour que ces caractères soient officiellement reconnus par le comité technique Unicode, en Californie.

Kevin King, créateur de caractères à Toronto, s’est intéressé au travail de Miriam Aglukkaq, de Hadlari Consulting et de Janet Tamalik McGrath dans le cadre d’un projet sur lequel il travaillait pour Typotheque, une fonderie de caractères néerlandaise qui l’a engagé pour effectuer des recherches sur les polices de caractères syllabiques.

Portrait en noir et blanc de Kevin King.

Kevin King est un créateur de caractères de Toronto qui a contribué à faire approuver les nouveaux caractères nattilingmiutut par le comité Unicode.

Photo : Gracieuseté : Kevin King

Travailler avec le groupe a été une expérience merveilleuse, selon lui. C’était un processus vraiment joyeux, et nous avons fini par trouver d’excellentes solutions, a-t-il déclaré. Outre l’impact sur la revitalisation des langues, cette nouvelle écriture ouvre de nouvelles possibilités quant à la tenue de registres, a souligné M. King.

« Ce qu’il y a de bien avec Unicode, c’est que, dans 100 ans, un document composé avec cette police universelle pourra être ouvert et présenté avec exactitude. »

— Une citation de  Kevin King, créateur de caractères

Les générations futures de Nattilik disposeront d’un environnement numérique stable pour pouvoir utiliser leur langue dans un système d’écriture auquel ils s’identifient, croit-il.

Si le comité Unicode a officiellement accepté les caractères, il ne reste plus aux entreprises technologiques comme Apple, Microsoft et Google qu’à mettre à jour leurs polices et leurs claviers. Kevin King espère que cela se fera au plus tard en 2023.

D’après un reportage d’April Hudson, de Cindy Alorut et de Sarah Leonardis, de CBC



Reference-ici.radio-canada.ca

Leave a Reply

Your email address will not be published.