Une plateforme technologique de Montréal face à l’apocalypse des cookies



Les États et des géants du numérique restreignent toutefois de plus en plus l’accès aux données des utilisateurs, ce qui est perçu comme une apocalypse dans le monde publicitaire.

L’entreprise montréalaise Sharethrough, devenue majeure dans le marketing numérique sur la planète, croit avoir trouvé une solution pour continuer à bien cibler les internautes, dans le respect de la vie privée, grâce à l’intelligence artificielle.

Chaque jour, la plateforme technologique publicitaire de Sharethrough gère 60 milliards d’annonces publicitaires. Il s’agit d’un lieu virtuel de vente et d’achat d’espaces publicitaires automatisé qui met en lien des éditeurs comme Radio-Canada et des annonceurs comme Air Canada.

C’est une enchère en temps réel, explique le président et directeur général, Jean-François Côté. Tout ça se fait à l’intérieur de 400 millisecondes. C’est fou! C’est aussi vite que la lumière pratiquement.

La plupart des grands médias nord-américains, le New York Times et CBS notamment, font affaire avec l’entreprise. Lorsque vous voyez une publicité apparaître sur une page web, Sharethrough est possiblement à l’origine de la transaction.

Bien que la plateforme de marketing soit invisible, elle connaît bien les internautes. Grâce entre autres aux témoins de navigation tiers (ou cookies) recueillis lorsque vous naviguez de site web en site web, la plateforme peut déterminer de façon anonyme vos centres d’intérêt et vous proposer des publicités adaptées et payantes.

« On aide les Radio-Canada de ce monde à monétiser leur contenu. […] Notre mission, c’est de mettre en relation l’annonceur avec les bons usagers. »

— Une citation de  Jean-François Côté, président et directeur général, Sharethrough

L’apocalypse des cookies

Sur les 300 millions de dollars américains de publicités traitées sur Sharethrough en 2021, 240 millions sont retournés aux éditeurs et les 60 millions restants, dans ses coffres.

Les coûts d’infrastructures technologiques et des 150 employés experts répartis au Canada et aux États-Unis sont considérables. Ils pourraient le devenir encore davantage avec l’élimination par Google d’ici 2023 de ces données qui vous suivent, les cookies tiers – ce que l’industrie nomme : l’apocalypse des cookies.

Les déboires de Facebook en bourse dans les dernières semaines s’expliquent d’ailleurs en partie par la difficulté qu’aura dorénavant le réseau social à offrir des publicités plus ciblées. Déjà, Apple lui avait mis des bâtons dans les roues l’année dernière avec une mise à jour permettant aux propriétaires d’iPhone d’accepter ou de refuser d’être suivis à la trace.

Comme solution, le dirigeant de Sharethrough dit devoir investir massivement en intelligence artificielle pour conserver ce pouvoir [de bien cibler les internautes] et de demeurer meilleur en matière de produits et de tactiques pour nos clients.

Moov AI en renfort

C’est ici que la jeune pousse québécoise Moov AI, spécialisée en intelligence artificielle, est intervenue pour soutenir Sharethrough et personnaliser l’offre publicitaire avec un puissant algorithme.

On se fait enlever une mine d’or d’informations et c’est pour le mieux, souligne le vice-président à la science de la décision de Moov AI, Olivier Blais. C’est pour la vie privée, mais ça rend le marketing plus compliqué.

L’algorithme développé croise un ensemble de données en tenant compte de l’heure de la journée, du lieu où se trouve la personne avec son adresse IP, des caractéristiques du site web visité et du contenu de la publicité.

« Tu ne veux pas te retrouver comme il y a 15 ou 20 ans, où la publicité était statique et inintéressante. En même temps, tu veux respecter la vie privée. »

— Une citation de  Olivier Blais, vice-président à la science de la décision, Moov AI

Report d’une offre publique initiale

Sharethrough, qui soutient être maintenant dans le top 5 des plateformes d’échange publicitaire dans le monde, voit grand, mais l’écosystème numérique évolue rapidement. Il lui faut garder plus d’un coup d’avance et innover constamment.

Les dirigeants de l’entreprise, anciennement nommée District M, visaient une introduction à la Bourse de Toronto l’automne dernier afin de lever des capitaux en vue d’acquisitions futures et de devenir plus attrayants pour la main-d’œuvre.

Ils ont dû reporter le projet en raison de la conjoncture incertaine sur le marché des titres technologiques. Quand tu fais de la voile, tu sors au bon moment, illustre Jean-François Côté.

Depuis 2016, le Fonds de solidarité FTQ, Investissement Québec ainsi qu’Exportation et développement Canada ont injecté un total de 39 millions de dollars dans Sharethrough.



Reference-ici.radio-canada.ca

Leave a Comment