Le 3 janvier, Elizabeth Holmes était condamnée pour escroquerie, dénouement d’un scandale qui dura presque vingt ans. Au début des années 2000, Holmes étudiait la chimie dans la prestigieuse université de Stanford – et fit un stage au Genome Institute de Singapour où elle travailla sur la détection du Coronavirus dans le sang. Puis elle dépose un brevet pour la création d’un appareil de suivi et de dosage de médicaments, et enfin fonda la société médico-technologique Theranos, avec laquelle elle mit au point une innovation soi-disant révolutionnaire, soit une méthode d’analyse sanguine entièrement automatisé, rapide et peu onéreux, permettant de réaliser plus de mille analyses en quelques heures à partir d’une goutte de sang. Grâce à celle-ci, Holmes est devenu, aux yeux de tous, une pionnière de génie. Forbes la sacra la femme d’affaires la plus jeune et la plus riche d’Amérique, puisque Theranos aurait pesé, à l’époque, neuf milliards de dollars… Pour beaucoup, elle était la nouvelle Steve Jobs – son idole de toujours –, et sa réussite fut notamment retenue des deux mains par Bill Clinton et Joe Biden.

Mais en 2015, cette image idyllique s’effondra presque d’un coup lorsqu’un article du Wall Street Journal mit en cause la fiabilité de la fameuse technique, à propos de laquelle des experts ne tardèrent pas à se montrer sceptiques, eux aussi, pointant l’absence de preuves de son efficacité. Et le pire fut bientôt révélé : Theranos envoyait les analyses aux laboratoires classiques, et Holmes falsifiait des documents pour camoufler cette incroyable imposture. Du jour au lendemain, la société s’écrabouilla, son compte en banque de la société afficha un gros zéro, et Forbes classa Holmes parmi les patrons d’entreprise les plus décevants du monde… Cette tragédie shakespearienne précipita Theranos à sa dissolution complète en septembre 2018.

Ce jeudi 3 mars, le service de streaming américain Hulu a lâché les trois premiers épisodes d’une mini-série qui retrace avec force détails le parcours de cette jeune femme aveuglée par l’ambition et qui, malgré ses grandes capacités, perd le sens des réalités. À l’écran, elle devait initialement être incarnée par Kate McKinnon, connue pour être l’un des humoristes de « Saturday Night Live ». Mais celle-ci se désiste du projet et c’est Amanda Seyfried, 36 ans, révélation des « Mamma Mia », qui reprend le « rôle ». Une sacrée jauge vu la complexité de Holmes, qui a déjà fait l’objet d’un documentaire signé Alex Gibney et n’a pas fini de fasciner. Mais, comme on le rappellera, elle s’en sort haut la main !

La série, qui compte huit épisodes, prend le temps de bien dérouler tous les méandres et étapes de son parcours, ce qui demande d’abord un peu de patience au spectateur. Elizabeth apparaît d’abord – et de manière inattendue – sous un joli jour, sympathique, de bonne foi, et qui veut faire quelque chose de signifiant de sa vie. Cela aide à ce qu’on voit la suite.

Si elle veut autant y arriver, c’est parce qu’elle a vu son père Chris se battre en travaillant à Enron, qui fut l’une des entreprises vouées à l’énergie les plus importantes d’Amérique. Cela étant, l’observateur lui a aussi fait croire que tout peut se gagner, même avec de mauvais moyens. Par ailleurs « vendeuse » infatigable et hypermotivée, elle avait fait l’objet, avant Theranos, de misogynie, et s’était notamment entendue dire qu’elle ne devait pas s’arranger trop bien physiquement pour être prise au sérieux par des financiers…

D’un autre côté, le fait qu’elle fut une jeune PD-G. dans un environnement dominé par la testostérone séduisit beaucoup de gens – en ce compris les médias – qui, du coup, ne se demandèrent même pas si les produits qu’elle « vendait » donnaient les résultats qu’elle promettait. Phyllis Gardner, qui fut l’une de ses professeures à Stanford et qui la confronta à l’écran (sous les traits de Laurie « The Conners » Metcalf), l’a clairement dit : « Cette fille est une imposture. » Mais cela n’a pas empêché plein d’individus de pouvoir de lui faire confiance, ainsi le Secrétaire d’État George Shultz, campé par Sam Waterston, qui vient de faire son retour dans la 21e saison de « New York Police Judiciaire » . Il la voit comme « un symbole du progrès féministe. »

Avec William H. Macy et Dylan Minnette !

Vous l’avez peut-être déjà remarqué, mais le casting de « The Dropout » est particulièrement riche. William H. Macy (« Shameless ») joue Richard Fuisz, médecin, inventeur et entrepreneur ayant des connexions avec l’armée, et dont la fille est jouée par Mary Lynn Rajskub, l’inoubliable Chloé de « 24 Heures Chrono ». Stephen Fry, Anne Archer, Kurtwood Smith et Bill Irwin sont aussi de la reconstitution, tout comme un certain Naveen Andrews… Le Sayid de « Lost » interprète une figure clef, Sunny Balwani, qu’Elizabeth avait rencontré à 18 ans à Singapour, qui est devenu son amant et le président de Theranos. À l’écran, leur relation n’est pas dépeinte comme des plus chaleureuses…

« Sur la fin », on peut en dire autant de la façon dont Elizabeth manoeuvra en interne, coincée, piégée par ses propres erreurs, qui la conduit à en faire de plus graves. Ses pratiques frauduleuses furent notamment « rapportées » par Tyler, le petit-fils de Shultz, qui est incarné par Dylan Minnette (« 13 Reasons Why », « Don’t Breathe », « Chair de Poule »). Impériale, Seyfried vole la vedette à tous ces partenaires et est réellement la raison pour laquelle vous voudrez rester dans cette série assez sèche par endroits, et avec cette Elizabeth qui a tant déraillé…

Sa phrase sera prononcée le 26 septembre. Elle risque vingt ans de prison maximum, et doit payer une amende de 250 000 dollars. Les experts avancent que sa punition sera bien moins lourde. Elle fera appel, quoi qu’il en soit. Elle réside actuellement dans une modeste propriété de 120 millions € avec son mari William « Billy » Evans, leur petit garçon et leurs deux chiens…

Le procès de Rimesh Balwani démarrera, quant à lui, la semaine prochaine.




Reference-www.sudinfo.be

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