Santé mentale : hébergé à 500 $, relogé à 1100 $ par mois


Je suis encore en choc […] J’essaie de faire les choses un jour à la fois parce que si je pense seulement au camion pour faire le déménagement avec ma sœur, c’est stressant, explique Alex.

Pour ceux qui ont la schizophrénie comme j’ai, ça devient impossible des jours de faire des choses […] Pour moi, je bloque, je gèle complètement, ajoute-t-il.

Hébergé depuis sept ans aux Appartements Lachapelle, dans l’ouest de Montréal, Alex se serait attendu à avoir un délai de six mois pour se reloger, pas six semaines.

Je suis pragmatique mais, idéalement, ce ne devrait pas être légal d’être mis à la rue en six semaines […] pour les gens qui ont beaucoup de difficulté.

Comme le dévoilait récemment Radio-Canada, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a appris fin décembre que le propriétaire de l’immeuble, Construction Longpré inc, ne souhaitait pas prolonger le bail commercial.

L’établissement de santé louait depuis 10 ans, par l’intermédiaire de l’organisme communautaire Espace La Traversée, 35 places d’hébergement dans cet immeuble de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville pour une clientèle ayant des problèmes de santé mentale.

Je trouve ça inhumain comme délai, six semaines pour déménager, s’indigne la députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy.

Impliquée dans le dossier, la députée du Parti libéral du Québec estime notamment que le gouvernement aurait dû accompagner le groupe communautaire Espace la Traversée pour acheter l’immeuble.

Les Appartements Lachapelle qu'Alex doit quitter sous peu.

Les Appartements Lachapelle qu’Alex doit quitter sous peu

Photo : Radio-Canada

Impossible sans capital patient

L’organisme Espace La Traversée a songé à se porter acquéreur de l’immeuble.

Comme l’explique le conseiller stratégique de l’organisme, Michel St-Cyr, les conditions financières n’étaient cependant pas favorables.

On a regardé pour acquérir, mais on n’avait pas de nouveau contrat long terme, d’entente avec le réseau public, dit-il.

« Sans compter la prime COVID en immobilier depuis deux ans, si bien que ce n’était pas évident d’aller à la banque pour un emprunt dans ce contexte. »

— Une citation de  Michel St-Cyr de l’organisme Espace La traversée

Espace la Traversée offre des services d’hébergement ainsi que des logements sociaux à une clientèle composée notamment de personnes vivant avec une problématique de santé mentale. L’organisme gère un parc immobilier résidentiel d’une vingtaine d’immeubles et emploie plus de 300 personnes.

Cet organisme n’est pas le seul dans le milieu communautaire aux prises avec les effets dominos du marché immobilier.

Le marché actuel est à l’avantage des vendeurs […] et les modèles financiers ne tiennent plus la route, reconnaît le directeur général du groupe Interloge, Louis-Philippe Myre.

L’entreprise d’économie sociale dispose d’un parc immobilier de 750 unités dont les loyers sont nettement inférieurs aux prix du marché.

Ce dernier doit aujourd’hui avoir recours à de l’ingénierie financière pour réaliser des projets immobiliers de logements abordables.

« Il nous faut des prêts en capital patient qui permettent de rembourser seulement les intérêts pour les 15 premières années […] mais aussi des contributions non remboursables, ce que l’on appelait autrefois des subventions. »

— Une citation de  Louis-Philippe Myre, directeur général Interloge

Selon lui, il faut que le secteur public soit au rendez-vous de manière très agressive, mais aussi le secteur privé et le secteur philanthropique.

À la veille d’un budget provincial, le directeur général du groupe Interloge estime qu’il faudrait mettre en œuvre des mesures pour offrir aux entreprises des avantages fiscaux pour contribuer au logement social.

Jonathan Paige.

Jonathan Paige bénéficie aussi d’un hébergement supervisé

Photo : Radio-Canada

Des listes d’attente en hébergement santé mentale

Alex O’Hara est l’un de ceux que le CIUSSS est parvenu à reloger dans un autre site supervisé.

Il devra cependant consacrer tous ses revenus à son hébergement et à son alimentation.

Mon loyer ici était de 486 $ par mois, et là où je vais aller, ce sera 1100 $ chaque mois, incluant la nourriture, dit-il. Ça va être tight.

Et l’argent n’est pas le seul de ses soucis : vivre dans un nouvel environnement est plus que déstabilisant à cause de sa schizophrénie.

Un autre locataire, Jonathan Paige, s’est fait offrir lui aussi un hébergement supervisé à 1100 $ par mois, nourriture incluse.

C’est beaucoup de ressources pour moi, ça me prend tout mon argent, souligne-t-il.

Ce dernier jongle avec l’idée de déménager dans une maison de campagne appartenant à sa famille.

De son côté, Dalhia Dufresne, elle aussi locataire aux Appartements Lachapelle, ne savait pas, il y a quelques jours encore, où elle allait déménager. J’attends des nouvelles d’un appartement dans Rosemont, dit-elle.

Début trentaine, Dalhia est très reconnaissante à l’endroit du personnel qui l’accompagne depuis huit ans. Ils m’ont beaucoup aidée à mieux m’organiser dans la vie de tous les jours, surtout pour les études, affirme-t-elle. Cette dernière espère terminer à l’automne des études pour devenir technicienne en loisirs.

En début de semaine, une quinzaine de résidents des Appartements Lachapelle avaient un lieu d’hébergement confirmé et 16 autres, un lieu réservé, indique une porte-parole du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

À Montréal, plus de 600 personnes figurent sur une liste d’attente en hébergement en santé mentale. La capacité stagne depuis quelques années autour de 3000 places.

On relève des listes d’attente un peu partout au Québec.



Reference-ici.radio-canada.ca

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