Record de demandeurs d’asile au chemin Roxham


Malgré le froid, la neige et les températures souvent glaciales, des milliers de migrants ont traversé irrégulièrement la frontière canado-américaine depuis le début de l’année.

Selon de nouvelles données rendues publiques, plus de 4500 personnes ont demandé l’asile durant les mois de janvier et février, en empruntant ce passage situé entre les villes de Champlain (États-Unis) et St-Bernard-de-Lacolle (Canada), à quelques centaines de mètres du poste frontalier.

En comptabilisant le nombre d’interceptions au chemin Roxham depuis sa réouverture à la fin du mois de novembre, on constate un boom encore plus spectaculaire des entrées, avec un total d’environ 8000 demandeurs d’asile.

Ni en 2017 ni en 2018, où d’impressionnantes vagues de migrants sont arrivées jusqu’à Montréal, de telles données n’avaient été recensées durant l’hiver. À cette époque, entre 18 000 et 19 000 demandeurs d’asile étaient passées, annuellement, par ce lieu connu maintenant mondialement.

Seules 25 autres interceptions ont été réalisées par les forces de l’ordre canadiennes en dehors du Québec depuis le début de l’année.

Des centaines de demandes à l’aéroport de Montréal

Il n’y a pas qu’au chemin Roxham que les demandes d’asile affluent au Québec. À l’aéroport de Montréal, malgré un déclin important du nombre de voyageurs et les contraintes liées à la pandémie, 820 demandeurs d’asile sont arrivés en janvier et février, contre 580, sur la même période en Ontario. Ces chiffres sont légèrement supérieurs à ce que l’on retrouvait, début 2020, avant la fermeture des frontières.

Selon des sources, ces demandeurs d’asile viennent principalement de ressortissants mexicains, qui, depuis décembre 2016, n’ont plus besoin d’obtenir un visa afin de voyager vers le Canada.

Les centres d’hébergement très occupés

L’attrait du chemin Roxham ne devrait pas se démentir. Même si les chiffres officiels concernant le mois de mars ne sont pas encore disponibles, des dizaines de migrants continuent de franchir irrégulièrement ce petit bout de terre quotidiennement, avant d’être accueillis par des agents de la Gendarmerie royale du Canada.

Il y a parfois, selon nos informations, plus de cent personnes par jour.

Face à cette nouvelle hausse de demandeurs d’asile, les logements disponibles se font rares. Les centres d’hébergement, à Montréal, ont presque atteint leur capacité maximale.

La quasi-totalité des 1200 lits mis à disposition par le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA) sont occupés. Ils sont répartis entre un YMCA du centre-ville de la métropole et l’hôtel Place Dupuis, qui a conclu une entente avec l’organisme géré par le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal pour offrir des centaines de places à ces migrants jusqu’à l’été.

Devant cette situation, le gouvernement fédéral a lui aussi augmenté ses ressources. Pour loger les demandeurs d’asile non vaccinés et asymptomatiques entrant au Canada qui n’ont pas de plan de quarantaine approprié en place, Ottawa a réservé plus d’un millier de chambres d’hôtel, principalement dans la grande région montréalaise.

À ce jour, 35 % sont présentement occupées, indique une porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

« Une fois leur quarantaine terminée, les demandeurs d’asile trouvent un logement de manière autonome ou avec l’aide d’organismes communautaires et de services sociaux fournis par les provinces et les municipalités. »

— Une citation de  Béatrice Fénelon, porte-parole d’IRCC
Deux personnes portant des masques marchent sur le trottoir en face de l'hôtel de la Place Dupuis au centre-ville de Montréal.

L’hôtel Place-Dupuis, au centre-ville de Montréal, a été réquisitionné pour accueillir des demandeurs d’asile.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des organismes débordés et des délais allongés

Sur le terrain, les organismes venant en aide à ces demandeurs d’asile sont débordés.

Depuis la réouverture des frontières, on a de plus en plus de personnes qui nous contactent. On a beaucoup d’appels, signale Claudine Uwingabiye, responsable des dossiers d’intégration pour l’organisme ALPA, à Montréal.

« Beaucoup de personnes cherchent des logements. La situation devient très difficile. »

— Une citation de  Claudine Uwingabiye, cheffe de service accueil et intégration pour ALPA

Trouver un logement actuellement, même avec un travail, c’est déjà difficile. Alors imaginez pour une famille de demandeurs d’asile, qui ne parle pas toujours le français, reprend-elle, tout en avouant être surprise par cette vague de migrants.

On avait anticipé un nombre important d’arrivées, on savait que des personnes attendaient, avec la pandémie, avant de passer la frontière, mais je ne m’attendais pas à autant de monde. On vit la même cadence, le même flux qu’en 2017, alors qu’on n’est qu’en mars. C’est inquiétant, juge-t-elle.

Du côté de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), on tient un discours similaire. Beaucoup de gens arrivent, ils sont perdus, affirme le directeur de ce regroupement, Stephan Reichhold.

Par ailleurs, soulignent des experts, les délais de traitement se sont considérablement allongés.

Avant de savoir si leur dossier sera recevable, les demandeurs d’asile doivent patienter plusieurs mois. Sans ce document, ce papier brun [le terme utilisé dans le milieu pour définir l’attestation remise aux demandeurs d’asile], ils n’ont pas de permis de travail. C’est compliqué. Il y a un problème administratif, juge l’avocate en immigration Stéphanie Valois.

« Les audiences de recevabilité, pour ceux qui viennent maintenant, sont en septembre. C’est un problème, car ça limite l’accès aux services. Ils ne peuvent pas, par exemple, ouvrir un compte en banque. »

— Une citation de  Stephan Reichhold, directeur de la TCRI

Avec l’arrivée de températures plus clémentes, plusieurs milliers de demandeurs d’asile devraient encore venir par le chemin Roxham. Le printemps arrive et d’autres vont arriver. On n’a aucune idée de ce qu’il va se passer, mais on sait qu’il y aura du monde. On est déjà plein et il faudra les héberger quelque part, rappelle Claudine Uwingabiye.

Il faut ouvrir de nouveaux centres, estime-t-elle.

Le gouvernement Trudeau, quant à lui, ne veut pas spéculer. Les volumes de demandes d’asile sont difficiles à prévoir et peuvent dépendre de nombreux facteurs, répond sobrement Béatrice Fénelon, d’IRCC.

Ottawa assure, dans le même temps, poursuivre régulièrement les discussions avec les responsables américains au sujet de diverses questions liées à notre frontière commune, y compris la modernisation de l’Entente sur les tiers pays sûrs, qui sera prochainement de retour devant les tribunaux.



Reference-ici.radio-canada.ca

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