Pour l’artiste Solange Roy, la céramique, c’est du gâteau!


Solange Roy, 22 ans, passe la plupart de son temps à l’atelier de céramique de l’École des beaux-arts.

La jeune femme a appris la céramique au Centre scolaire Léo-Rémillard avec Roberta Decock alors qu’elle était en 10e année.

Je savais depuis toujours que c’était l’art qui m’était destiné car j’étais vraiment artistique en élémentaire mais la céramique, ça a été comme un choc. J’ai adoré ça la première fois que j’ai posé mes mains sur l’argile, raconte-t-elle.

Le fait d’avoir également eu un parcours artistique dès les cours élémentaires a aidé la jeune céramiste à poursuivre dans cette voie.

Des sculptures réalistes

Solange Roy se dit d’ailleurs très inspirée du courant du réalisme.

Faire de l’art avant la céramique m’a aidé à trouver mon style. J’ai un style très graphique. J’aime beaucoup les lignes et les couleurs très vives, précise-t-elle.

Le réalisme, c’est aussi donner l’impression que ce que l’on voit est vrai. Il s’agit d’une manière de faire que Solange Roy développe de plus en plus dans ses créations. C’est ainsi qu’elle a commencé à créer des pâtisseries et des sucreries en céramique.

Donut au chocolat.

Un beigne en céramique de Solange Roy.

Photo : Solange Roy

L’origine de ces créations est aussi issue d’une réflexion personnelle. Pour Solange Roy, c’est une discussion sur les habitudes de santé en société et aussi mon expérience avec la nourriture.

« Les biscuits et les gâteaux, c’est un peu comme la norme. C’est un peu incroyable comme des choses si mauvaises pour la santé peuvent coûter aussi peu cher, comparé à des choses bien meilleures pour moi. »

— Une citation de  Solange Roy, céramiste

Sa première sculpture intitulée A very happy birthday to you est présentée dans l’exposition.

Ce n’est pas vraiment un gâteau appétissant […] Les mouches, les vers et les fourmis expriment littéralement le déclin de notre corps et de notre santé si on mange trop de ces sucreries, précise Solange Roy.

Gâteau d'anniversaire et coupe remplie de crème réalisés en céramique.

« A very happy birthday to you » par Solange Roy. Des pâtisseries sur lesquelles des vers, des fourmis et des mouches ont pris place.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

« C’est mieux d’acheter un gâteau en céramique car tu ne le manges pas! (rires) »

— Une citation de  Solange Roy, artiste céramiste
Gâteau au chocolat avec des fraises réalisé en céramique.

Une des pièces sculpturales gourmandes de la céramiste Solange Roy.

Photo : Solange Roy

Des sculptures qui questionnent l’identité

Solange Roy explique que chacune de ses œuvres a un lien direct avec sa propre histoire.

« Je préfère travailler avec des thèmes personnels car je trouve que chaque pièce est ensuite beaucoup plus unique. »

— Une citation de  Solange Roy, artiste céramiste

La sculpture intitulée Me, Myself and I? représente une jeune fille métisse sans visage.

La jeune femme raconte l’origine de cette pièce en céramique.

Je suis descendante crie. J’ai été adoptée avant d’être née donc je n’ai jamais vécu avec ma culture. Mes parents sont géniaux, mais ils n’auraient pas pu m’apprendre ma culture car ils ne sont pas Cris. Mon père est Métis, mais il n’était pas vraiment connecté à sa culture.

Sculpture de femme en céramique.

« Me, Myself and I? », sculpture en céramique de Solange Roy.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

C’est en s’interrogeant sur son identité que Solange Roy est allée encore plus loin dans la découverte de son histoire.

Récemment, je me suis demandée comment je pouvais m’exprimer en tant que personne autochtone et crie. Par ma famille biologique, je suis Crie. Par ma famille adoptive, je suis Crie et Métisse. Ma grand-mère est allée dans les pensionnats […] Comment je m’exprime comme personne autochtone qui n’a jamais vécu ces expériences mais qui fait partie de cette culture? Je suis Autochtone, mais je ne suis pas vraiment Autochtone.

Ce questionnement identitaire s’est finalement traduit par la création d’une sculpture, comme une synthèse de tout ce qui constitue la jeune femme.

Je suis un mélange de tout et c’est pour ça que sur la sculpture, il y a du blé, un champ, un soleil qui se lève sur la prairie… ce sont des choses très canadiennes, un peu métisses, qui représentent le Cri qui est en moi. C’est une combinaison de tous mes héritages, confie Solange Roy.

La sculpture Sandstorm Angel également présente dans l’exposition est aussi un peu à l’image de la céramiste.

Sculpture d'ange.

Sculpture de Solange Roy exposée à la galerie de l’École des beaux-arts de l’Université du Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

Elle a été conçue en utilisant une technique de cuisson qui s’apparente à la cuisson du raku, qui permet d’obtenir des effets d’ombres et de lignes noirs sur sa sculpture d’ange.

Tout ce qui sort du four est imprévisible et aléatoire. C’est vraiment une pièce spéciale car je ne pourrai jamais la reproduire, dit-elle.

Solange Roy ajoute qu’elle l’a créée à son image, avec des cheveux longs et noirs. Et puis je n’ai jamais été très mince donc c’était aussi un peu pour m’accepter moi-même. C’est la beauté de cette pièce unique.

La céramique : une philosophie de vie

La pratique de la céramique racontée par Solange Roy apparaît comme un cheminement personnel et philosophique.

J’ai appris très vite que rien ne peut être considéré comme de grande valeur quand on fait de la céramique, car il y a toujours quelque chose qui va aller mal et la plupart du temps, on ne peut pas contrôler. C’est vraiment une expérience de vie, de passer trois mois à faire une pièce et si ça casse, il faut la refaire… cela apprend à lâcher prise, confie Solange Roy.

Amphore avec une tête de serpent.

Amphore en céramique par Solange Roy.

Photo : Radio-Canada / Mathilde Gautier

Amphora représente une amphore brisée qu’un serpent traverse. La pièce n’a pas été brisée intentionnellement. Pour Solange Roy, accepter qu’une pièce ne soit pas comme on l’avait souhaité fait partie du processus de création dans le travail de la céramique.

Laisser une trace

Solange Roy obtiendra son baccalauréat en arts avec les honneurs à la fin de l’année universitaire. Elle dit avoir hâte de pouvoir contribuer à la communauté de céramistes qui, à son sens, ne sont pas assez nombreux à Winnipeg.

Elle souhaite laisser sa trace et elle pense aussi peut-être à enseigner. J’aimerais bien enseigner la céramique comme Roberta Decock l’a fait avec moi, confie-t-elle.

L’exposition Muddy Fingers: A Showcase of Ceramic Art rassemble cinq jeunes céramistes. Elle est ouverte au public jusqu’au 16 mars, à la galerie d’art (Nouvelle fenêtre) de l’Université du Manitoba.



Reference-ici.radio-canada.ca

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