Pas toujours facile de faire lire les jeunes francophones


C’est extrêmement important qu’un enfant ait un livre entre ses mains, [à plusieurs moments]. Rachelle Gallant ne passe pas par quatre chemins. La mentore en littératie et intervenante en francisation, qui travaille à l’école Pierre Chiasson, insiste : Tout est important, regarder les images, même si l’enfant n’est pas capable de lire tous les mots sur la page, il est en train de se créer des histoires.

Dans cette école située près de Tignish, à l’ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, une centaine d’élèves composent les classes, de la maternelle à la douzième année. Pour eux et leurs parents, acheter des livres en français relève du défi. Seule solution, aller à Summerside, à 80 km, où une librairie en propose, ou les commander en ligne.

Rachelle Gallant dans son bureau.

Rachelle Gallant est mentore en littératie et intervenante en francisation à l’école Pierre Chiasson.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Le scénario est le même dans toute la province. À Charlottetown aussi, les quelques librairies de la ville ont parfois une poignée de livres en français, sans plus. Et ce sont souvent des traductions d’ouvrages anglophones.

Pour ramener un livre en français à la maison, les Insulaires doivent se tourner vers les bibliothèques publiques francophones. L’Île en compte trois : à Charlottetown, à Summerside et à Abram-Village. Les livres peuvent être par ailleurs acheminés dans n’importe quelle succursale lorsqu’on les réserve.

Entre octobre 2020 et septembre 2021, 49 076 livres ont été empruntés dans ces trois bibliothèques francophones. En tout, 88 % de ces retraits concernaient des œuvres jeunesse, signe d’un engouement certain.

Lori MacAdam est responsable de construire la collection en français des bibliothèques publiques. Pour cela, elle surveille ce qui est nouveau, ce qui est populaire. Elle évoque un travail unique côté francophone, où il faut faire plus de recherches.

Un rayon de livres jeunesse dans une bibliothèque.

Entre octobre 2020 et septembre 2021, 49 076 livres ont été empruntés dans les trois bibliothèques francophones de la province. 88% étaient des livres jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Le défi de trouver des ouvrages qui piquent l’intérêt

Dans les écoles également, les enseignants cherchent des ouvrages qui vont susciter l’intérêt des élèves, les accrocher, selon les mots d’Anne-Marie Rioux, coordonnatrice en littératie et francisation à la commission scolaire de langue française.

Le programme officiel contient un certain nombre de livres obligatoires, notamment au secondaire. Des souris et des hommes de John Steinbeck en 11e année ou L’étranger de Camus en 12e année, par exemple. Des œuvres complexes, surtout en contexte minoritaire où beaucoup d’enfants laissent le français aux portes de l’école.

Anne-Marie Rioux explique qu’il est cependant important de s’adapter à chaque groupe : On a des romans de classe qui sont dans le programme. Si les enseignants nous disent : “Celui-là, ça ne fonctionne pas”, bien on essaie de changer!

Il faut parler constamment avec nos élèves, et c’est ce que les enseignants font tous les jours. Souvent, ce dont on se rend compte, c’est que quand un élève aime une collection, on peut l’accrocher, poursuit-elle.

« Si l’élève ne lit pas, il faut se questionner comme système et se dire : “C’est parce qu’on n’a pas trouvé le bon livre pour cet élève-là”. »

— Une citation de  Anne-Marie Rioux, coordonnatrice en littératie et francisation à la commission scolaire de langue française
Anne-Marie Rioux et Rachelle Gallant, assises à un bureau.

Anne-Marie Rioux (à gauche) est coordonnatrice en littératie et francisation à la commission scolaire de langue française de l’Île-du-Prince-Édouard. Elle est ici avec Rachelle Gallant, mentore en littératie à l’école Pierre Chiasson.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Faire des élèves des lecteurs

Dans les bibliothèques aussi, Lori MacAdam remarque que certains livres fonctionnent mieux que d’autres, notamment des livres simplifiés.

De plus en plus, ils sortent des livres qui sont plus faciles d’accès, pour les jeunes qui n’aiment pas lire, surtout pour des garçons. Des livres qui n’existaient pas pendant mon temps, des romans simplifiés, en gros format, grosses lettres, indique-t-elle.

Anne Marie Rioux ne pense pas que cela affaiblit le niveau, l’objectif étant, selon elle, de faire en sorte que les élèves deviennent des lecteurs, même en dehors de l’école.

« Si les élèves sont devant un roman dont ils ne comprennent pas la moitié du vocabulaire, les structures, l’histoire, s’ils ne font pas de lien avec leur vie à eux, à ce moment-là, on perd l’enseignement qu’on pourrait faire avec ces élèves. »

— Une citation de  Anne-Marie Rioux, coordonnatrice en littératie et francisation à la commission scolaire de langue française

Au secondaire, à l’école Pierre Chiasson, Raquel Wells estime quant à elle qu’il est difficile de motiver les élèves, malgré les efforts faits pour dénicher les livres susceptibles de les intéresser. L’enseignante de français pense que les élèves n’ont pas de difficulté à lire, mais manquent d’intérêt.

Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ont toujours un téléphone à la main, puis qu’ils lisent tout le temps de petits bouts d’information, se questionne-t-elle.

Sa collègue Maria Rayner, qui enseigne en deuxième et troisième années, n’a pas les mêmes problèmes. Donner le goût de lire avec de vrais livres est plus facile à cet âge-là, raconte-t-elle. L’enseignante essaie de donner le plus de ressources possible aux parents, afin de les aider à poursuivre l’effort de lecture à la maison.

Maria Rayner debout dans son bureau.

Maria Rayner enseigne aux enfants des deuxième et troisième années, à l’école Pierre Chiasson.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Feuilleter de vrais livres, aller au Salon du livre rencontrer des auteurs francophones, faire la lecture à ses enfants, quel que soit leur niveau, sont autant de gestes qui favorisent la littératie, insistent toutes les intervenantes rencontrées, notamment Rachelle Gallant. On le voit quand un enfant pratique à la maison, on le voit, on l’entend!, souligne la mentore.



Reference-ici.radio-canada.ca

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