L’infatigable Rémy Mailloux | Radio-Canada.ca


Rémy Mailloux dit qu’il est un enfant du gouvernement. Orphelin en bas âge, il a connu plusieurs familles d’accueil. De son propre aveu, Rémy tentait de rendre les gens heureux autour de lui et il a dû travailler fort pour s’aimer lui-même avec ses limitations.

Il n’a jamais aimé l’injustice. Je me faisais intimider, mais pas longtemps. Le petit Rémy était gripette. Si ça ne faisait pas mon affaire, je sautais dans le tas et je défendais les autres.

Avec la paralysie cérébrale, Philippe-Olivier Grégoire en a aussi entendu, des phrases désobligeantes. Il reconnaît que les jugements portés à son égard l’affectaient beaucoup quand il était plus jeune. Marcher lui demandait beaucoup d’effort. À l’école, courir derrière un ballon de soccer dans un cours d’éducation physique en exigeait davantage.

Moi, mon but, c’est de marcher comme une personne normale. C’est sûr que c’est un défi parce que je n’y arriverai pas vu ma condition. Marcher normalement ferait peut-être en sorte que les gens me regarderaient moins, me jugeraient moins.

Philippe-Olivier Grégoire.

Philippe-Olivier se permet de laisser ses béquilles à la maison lorsqu’il va travailler. Il s’en sert davantage lorsqu’il parcourt de plus grandes distances comme quand il va marcher dans son quartier. Photo : Radio-Canada / Mathieu Ouellette

Philippe-Olivier a défié les pronostics. Opéré à 4 et à 17 ans pour améliorer sa condition, il était surprenant qu’il puisse marcher. La deuxième opération lui a valu sept mois de convalescence à Montréal. Il avait déjà été habitué à un tout jeune âge à investir de nombreuses heures chaque jour dans divers exercices pour faire bouger ses jambes. Aidé de ses parents, il a fait preuve de persévérance à de nombreuses reprises.

On s’est toujours fait dire de belles choses par les spécialistes, sauf qu’il y avait beaucoup de travail derrière ça, souligne sa mère, Marlyne Gélinas.

Elle suggère aux personnes qui l’observent d’aller le voir pour poser des questions sur sa condition. C’est une personne comme tout le monde.

Philippe-Olivier est prêt à y répondre. Il confie avoir beaucoup appris de Rémy Mailloux en travaillant à la Ressource pendant un été.

Il ne se laisse pas arrêter par des “non” ou des gens qui peuvent parfois porter des jugements. Il se fout un peu du regard des autres et il fonce, et c’est ce que j’admire de lui. On va se le dire, ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça 24/7.

Philippe-Olivier réussit à se concentrer sur le positif en pensant à tout le chemin parcouru. C’est encore plus compliqué que pour une personne normale. Je m’épuise un petit peu plus vite. Le défi, en fait, c’est un défi personnel. Il faut que j’écoute mon corps.

Élise St-Laurent.

La distinction entre « incapacité » et « handicap » est importante pour Élise St-Laurent. Photo : Christian Leduc

L’autonomie est aussi très importante pour Élise St-Laurent, qui bénéficie également des services de la Ressource. Rémy m’a donné envie de défoncer des barrières moi aussi. De tracer ma propre voie, confie-t-elle.

Pendant la majeure partie de sa vie, Élise St-Laurent pouvait mener une conversation sans problème. Puis son audition s’est dégradée du jour au lendemain autour de l’âge de 18 ans. Maintenant, elle entend des sons, mais peine à les interpréter.

Au cégep, elle préférait lire sur les lèvres des enseignants malgré tous les efforts que ça lui demandait. La lecture labiale, c’est extrêmement drainant sur le plan cognitif, dit-elle. J’ai déjà tenté de suivre mes cours sans interprète. C’est la fatigue mentale, c’est l’épuisement après chaque cours.

L’étudiante à la maîtrise en psychoéducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue fait maintenant quotidiennement appel au Service régional d’interprétariat géré par la Ressource.

Les déplacements de l’enseignant devant la classe, les bruits ambiants et la luminosité sont tous des obstacles pour Élise. Une interprète comme Joany Gauvin lui permet de se concentrer sur une seule personne, plus près d’elle.

Accepter ses limitations était une étape sur laquelle Élise St-Laurent devait travailler avant de demander de l’aide. Elle sait que Rémy Mailloux est bien placé pour comprendre les obstacles auxquels elle doit faire face quotidiennement.

C’est sûr que paralysie cérébrale versus surdité, c’est différent, mais [si] tu les mets en parallèle, tu [constates que tu] vis les mêmes étapes. Le deuil à faire. On a été confrontés sensiblement aux mêmes barrières sociales que la vie mettait sur notre chemin.

Élise St-Laurent fait partie de la société et elle veut y contribuer. Mon environnement est adapté à mon incapacité auditive, alors ça ne se transforme pas en handicap, assure-t-elle. C’est la société qui transforme mes incapacités en handicap. J’invite la population à trouver le sens derrière ça.



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