Les municipalités doivent investir au bon moment pour prévenir les nids-de-poule


Comme l’explique Alan Carter, professeur en génie de la construction à l’École de technologie supérieure (ETS), à Montréal, le nid-de-poule représente l’étape finale de la dégradation d’une chaussée.

Pour éviter que les routes ne se dégradent à la vitesse grand V, comme c’est plus ou moins le cas actuellement, il faut agir en amont.

Or, cela impose la mise en place de stratégies de préservation pour ne pas en arriver à un endommagement irréversible de la chaussée. C’est la même chose quand on entretient une maison, une voiture, dit-il.

600 000 $ annuellement à Dieppe

La Ville de Dieppe a une stratégie de préservation qu’elle déploie chaque année.

Eric Dubé.

Eric Dubé est surintendant aux travaux publics à la Ville de Dieppe.

Photo : Radio-Canada / Maya Chebl

La municipalité du sud-est du Nouveau-Brunswick a un budget de 600 000 $ par an pour la réparation de nids-de-poule et autres travaux de chaussée.

Le programme est fait après trois ou quatre ans, pour gagner quatre à cinq ans de route, explique Eric Dubé, surintendant des travaux publics de la municipalité.

L’étanchéité, clé de la durabilité

Mais selon Alan Carter, il faudrait appliquer la couche d’étanchéité le plus tôt possible, soit au moment de la construction.

L’entretien, c’est fait quand la chaussée est neuve. On commence tout de suite et on arrête jamais. [Ce sont] les traitements, les méthodes, qui sont les plus économiques, défend-il.

« Aujourd’hui, si on décide de construire une chaussée neuve, donc faire une reconstruction, on a des matériaux et une technique qui nous permettent de faire une chaussée qui va être très durable. »

— Une citation de  Alan Carter, professeur, génie de la construction

Cette façon de faire est également avantageuse d’un point de vue financier.

Un entretien rapide sur la chaussée va coûter, disons 1 $ Ramener la même chaussée dans un bon état, si j’ai attendu deux ans, bien peut-être que ça va me coûter 5 $. Si j’attends deux ans de plus, peut-être que ça va me coûter 50 $ maintenant. Parce que l’évolution de la chaussée, la dégradation, c’est exponentiel, illustre-t-il.

Sans oublier que les travaux d’envergure nuisent à la circulation. Une structure de chaussée [pour laquelle] je n’ai pas besoin de faire de travaux majeurs avant une trentaine d’années… C’est pas mal ça qu’on devrait viser, pense Alan Carter.

Déceler les fissures

Pour des raisons financières, on attend généralement qu’il y ait un taux de fissuration considérable avant de démarrer les travaux. Mais idéalement, on voit une fissure, on la scelle, dit M. Carter.

Une fissure, à mesure qu’elle s’élargit, laisse pénétrer de plus en plus d’eau. Lorsque le mercure atteint des valeurs négatives, l’eau se transforme en glace et gonfle.

Un  nid-de-poule.

Un nid-de-poule.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Résultat : elle pousse le bitume (ou l’asphalte) vers le haut, créant des craques à la surface, souvent en forme de petits cratères.

À la prochaine phase de dégel, les fissures se creusent et prennent de l’expansion en profondeur.

En cas de gel encore, ça va grossir encore une fois. Donc c’est un cercle vicieux dès que ça se forme, illustre Buquan Miao, professeur de génie civil à l’Université de Moncton.

L’asphalte étant une structure poreuse, l’ajout d’une membrane protectrice, d’une épaisseur de moins d’un centimètre, peut contribuer à améliorer son étanchéité et retarder la formation de trous sur la chaussée.

Pour éviter de faire monter la facture au garage

Face à l’inévitable, René Melanson, gérant du centre de mécanique automobile JP’s Garage, à Dieppe, conseille aux automobilistes de porter une attention particulière à certaines pièces de leur véhicule, comme vérifier et faire certain que le pneu n’est pas éclaté, si la jante est pliée, ou même s’il y a des imperfections sur le pneu.

Un pneu endommagé par un nid-de-poule.

Un pneu endommagé par un nid-de-poule.

Photo : Radio-Canada / Maya Chebl

Il avise également de ralentir à l’approche d’un nid-de-poule.

À haute vitesse, il y en a qui pensent qu’ils peuvent passer par-dessus. Mais ça fait des dommages, relate-t-il.

Certaines municipalités — celles de Moncton et de Dieppe, par exemple — encouragent les citoyens à signaler tout bris routier rencontré en chemin pour éviter, collectivement, de tomber dans le trou.



Reference-ici.radio-canada.ca

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