Les changements climatiques auront bientôt raison du mythique refuge du col Abbot


Planté sur un col escarpé à 2925 mètres d’altitude, le refuge du col Abbot est un symbole de l’âge d’or de l’alpinisme canadien, à l’époque des premières grandes ascensions.

Le refuge du col Abbot tient son nom du premier alpiniste qui a tenté de grimper le mont Lefroy en 1895, Phillip Abbot. Ce dernier est aussi la première victime de l’alpinisme en Amérique du Nord.

Situé dans la région du lac Louise, à cheval entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, ce refuge a longtemps été le plus haut en altitude au Canada.

Il a été relégué à la deuxième place lors de la construction du refuge Neil Colgan (2957 mètres), situé dans le parc national Kootenay, juste au sud du refuge du col Abbot.

Le refuge, bâti en 1922 avec des matériaux de construction transportés à dos de cheval, puis à pied jusqu’au col, a résisté à un siècle de tempêtes de neige et de vents violents.

Un refuge en pierre construit sur un col de montagne.

Le refuge du col Abbot a été classé lieu historique national en 1992 en raison de son architecture rustique, de son association au thème des loisirs en milieu alpin au Canada et de son rôle historique dans le développement de l’alpinisme.

Photo : Gracieuseté : Parcs Canada

Néanmoins, au cours des dernières années, l’érosion des pentes et le retrait de la glace ont causé des dommages à la structure du bâtiment. Parcs Canada est donc forcé de le détruire, ce qui sera fait au printemps.

Les changements climatiques auront eu raison de ce refuge longtemps visité.

Une importante érosion de terrain est visible le long de la pente qui se trouve au pied du refuge du col Abbot.

En 2016, l’instabilité de la pente a été signalée pour la première fois à Parcs Canada.

Photo : Kate Hurley/pronetowandering.com

Toby Harper-Merrett, vice-président du Club alpin du Canada, s’y est rendu une dernière fois pour y célébrer ses 40 ans, il y a quatre ans.

« C’est triste. En plus d’être un lieu historique, c’était un lieu de repos et de rencontres incroyables. Le refuge du col Abbot était une destination internationale pour l’alpinisme. »

— Une citation de  Toby Harper-Merrett, vice-président du Club alpin du Canada

Selon Parcs Canada, malgré les efforts de conservation du site, l’instabilité de la pente sur laquelle il se trouve force le démantèlement de l’abri qui domine le lac O’Hara.

Le col va possiblement s’effondrer; ce sont des centaines de mètres carrés, depuis quelques années, qui disparaissent. Pendant la nuit, on entendait des roches tomber sous le refuge, explique Toby Harper-Merrett.

En 2018, le refuge avait dû fermer ses portes au public, et des travaux de stabilisation de la pente avait été entrepris afin d’installer des ancrages dans la roche, sous le bâtiment.

Des tiges de métal sont ancrées dans le mur du refuge et dans la roche du col.

En 2018, des ancrages ont été installés dans la roche, sous le refuge.

Photo : Gracieuseté : Parcs Canada

Une dure réalité

Selon Toby Harper-Merrett, le cas du refuge du col Abbot est particulier, compte tenu de son emplacement géographique. Il ajoute que la trentaine de refuges situés dans les zones d’arrière-pays à l’échelle nationale ne sont pas nécessairement menacés de disparaître sous l’effet des changements climatiques.

Rectificatif :

Une version précédente de ce texte laissait entendre qu’aucun autre refuge, parmi la trentaine que compte l’arrière-pays du Canada, n’est menacé par les changements climatiques. Or, le propos original de Toby Harper-Merrett est plus nuancé. Le texte a été modifié pour mieux refléter cette nuance.

Les randonneurs doivent cependant s’attendre à voir le visage des montagnes changer. Ce qu’on constate, c’est que les voies tracées jusqu’ici dans les montagnes se transforment, affirme-t-il.

Glyn Williams-Jones, directeur du département des sciences de la Terre à l’Université Simon Fraser, explique que les répercussions des changements climatiques sont accélérées en contexte montagneux.

« Les montagnes d’aujourd’hui ne ressemblent déjà plus à celles qu’ont connues nos parents. »

— Une citation de  Glyn Williams-Jones, directeur, département des sciences de la Terre à l’Université Simon Fraser

Ce milieu, déjà instable par nature, le deviendra de plus en plus, selon lui, avec les changements climatiques.

L’humanité devra s’adapter, d’après le chercheur.

L’adaptation sera d’ailleurs déjà nécessaire lorsque le refuge du col Abbot ne sera plus. Parcs Canada prévoit en faire un lieu de commémoration, et des consultations doivent être menées en ce sens afin de déterminer ce qu’il restera de son histoire.



Reference-ici.radio-canada.ca

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