Le temps des framboises  : faire tomber les « murs invisibles » de la campagne


La série relate les mésaventures d’Élizabeth, une veuve qui hérite d’une exploitation agricole bien malgré elle. La protagoniste est rapidement plongée dans une petite tempête, alors qu’elle doit jongler avec une belle-famille envahissante, des employés saisonniers sud-américains qu’elle connaît peu, et ses deux fils.

Ce qui nous intéresse, c’est d’explorer les murs invisibles qui existent entre des gens qui se côtoient depuis des années, mais qui ne se fréquentent pas. Et la lente chute de ces murs invisibles, explique Philippe Falardeau.

Il raconte que l’idée de réaliser une série ou un long métrage à propos de ce clivage lui est venue au milieu des années 2000, alors qu’il tournait Congorama.

« Ça m’avait toujours étonné ce paysage-là, ces gens-là qui nous côtoyaient, qui ramassaient nos fruits et nos légumes, mais qu’on ne connaissait pas. »

— Une citation de  Philippe Falardeau, réalisateur

L’idée a toutefois pris une quinzaine d’années à germer dans la tête du cinéaste. Après avoir été approché par le studio Trio orange, il a finalement décidé de tenter sa chance.

Philippe Falardeau a rapidement convaincu la comédienne Florence Longpré, qui a créé la série M’entends-tu?, d’embarquer avec lui dans le projet à titre d’autrice.

Ce que j’aimais chez Florence, c’est son maniement du verbe et sa capacité de faire exulter le drame en même temps que l’humour, et non successivement, explique le réalisateur.

Florence Longpré de face, souriante.

La comédienne Florence Longpré s’est révélée au public dans la série télé «Like moi».

Photo : Fair play

Philippe Falardeau, qui confie aussi être un auteur plutôt lent, s’est aussi entouré de Suzie Bouchard, qui signe notamment les textes de la série L’oeil du cyclone.

Après un long processus de sélection, l’équipe a finalement choisi Sandrine Bisson afin d’interpréter Élizabeth, le personnage principal de la série télé.

Dans sa bouche, les textes tombaient sous le sens d’une part, et d’autre part, il y avait chez Sandrine cette capacité de plonger sans retenue dans une situation, et moi, ça m’émeut beaucoup comme comédien, dit Philippe Falardeau.

La série met aussi en vedette les comédiens et comédiennes Edison Ruiz, Micheline Lanctôt, Elijah Patrice et Paul Doucet.

Une femme regarde vers le ciel.

L’actrice Sandrine Bisson dans « Le temps des framboises »

Photo : Lou Scamble

Virage télé

Philippe Falardeau, qui est un habitué des longs métrages, fait ses premiers pas dans l’univers de la série télé.

On avait envie de plusieurs personnages, et on voulait les développer sur la longueur, d’où le choix de la série. Mais ce n’est pas un désir qui est venu à priori, avant l’idée, précise-t-il.

Le cinéaste est d’ailleurs loin de mettre une croix sur le long métrage. Bien que de réaliser série lui permet d’expérimenter de nouvelles choses, il qualifie l’exercice de marathon extrêmement épuisant, qui bénéficie de moins de ressources et de temps de montage que les films.

Philippe Falardeau vêtu d'un veston prend la pose devant des caméras.

Philippe Falardeau a notamment réalisé «Monsieur Lazhar», «Guibord s’en va-t-en guerre» et «C’est pas moi, je le jure!».

Photo : Reuters / Mario Anzuoni

Cela lui permet néanmoins de réapprivoiser l’écran après que son film Mon année à New York (My Salinger Year), inspiré des mémoires de la journaliste américaine Joanna Rakkof, eut reçu un accueil tiède de la part des critiques et du public. Il confie être ressorti de cette aventure essouflé.

Philippe Falardeau, qui ne lit aucune critique, se souvient avoir reçu un texto de son frère au lendemain de la première de son long métrage à la Berlinale, en 2020.

Ça disait : “est-ce que tu vas bien?”, mais moi, je ne comprenais pas de quoi il parlait! , dit le réalisateur, amusé.

Une jeune femme (Margaret Qualley) écoute à la porte en bois d'un bureau.

L’actrice Margaret Qualley interprétant Joanna Rakkof dans «Mon année à New York».

Photo : Micro_scope

Nouveau départ

Cette année, le cinéaste a repris l’avion pour l’Allemagne afin de présenter sa série Le temps des framboises en première dans la section Berlinale Series du festival.

Et cette fois-ci, les critiques lui semblent favorables. Le chroniqueur de La Presse Marc-André Lussier, qui a eu l’occasion de voir les deux premiers épisodes, a notamment qualifié la série de riche de promesses.

Philippe Falardeau demeure toutefois prudent.

Pour moi, que les critiques soient bonnes ou mauvaises, ou que la réception soit bonne ou mauvaise dans un festival, ça n’est garant de rien face à l’adoption ou non d’une série par le public chez nous, dit-il.

Ça, il va falloir attendre avril pour voir.

La série télé Le temps des framboises sera lancée le 14 avril sur Club Illico. Elle compte 10 épisodes d’environ 45 minutes.

Ce texte a été écrit à partir d’une entrevue réalisée par René Homier-Roy, animateur de l’émission Culture Club. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.



Reference-ici.radio-canada.ca

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