L’Alberta renoue avec les surplus budgétaires grâce au pétrole


Le revirement est saisissant. Après avoir déposé un budget déficitaire de 18 milliards de dollars en février 2021, la province s’attend maintenant à un surplus de 511 millions de dollars pour 2022-2023.

L’or noir en action

La croissance constante du prix du baril de pétrole a permis une augmentation des redevances pétrolières de près de 600 % entre les prévisions de 2021 et celles publiées jeudi. Le gouvernement s’attend à engranger plus de 10 milliards de dollars en redevances pétrolières en 2022-2023.

Le gouvernement de Jason Kenney est pourtant assez prudent dans ses prévisions. Il base ses calculs sur un prix du baril de pétrole américain de 70 $ US, alors que le même baril frôle la barre des 100 $ US sur fond de tension géopolitique.

Les bons prix du gaz naturel et du bois aident également à accroître les redevances des autres ressources naturelles. Les revenus des ressources non renouvelables devraient atteindre 13,8 milliards de dollars, le deuxième des niveaux les plus élevés de l’histoire de l’Alberta.

Il n’y a pas de doute que nous sommes dépendants de l’industrie énergétique. C’est une part importante de notre économie, a reconnu le ministre des Finances, Travis Toews. Mais plus l’économie se diversifie, plus nous voyons de la stabilité.

Le gouvernement albertain s’attend ainsi à ce que l’économie se remette de deux ans de pandémie. La croissance de l’économie est prévue à 5,4 % en 2022, propulsée surtout par les dépenses de la population albertaine.

Le gouvernement est plutôt optimiste dans ses prévisions de revenus. Le montant tiré de l’impôt sur les particuliers devrait augmenter de 7,5 % par an, et celui de l’impôt sur les sociétés, de 10,1 %.

Ces deux sources de revenus devraient permettre à la province de se maintenir à flot malgré une baisse anticipée par la suite du prix du pétrole. Un surplus de 932 millions de dollars est prévu en 2023-2024, et de 701 millions de dollars, en 2024-2025.  

Les transferts fédéraux continuent de demeurer élevés, à 12 milliards de dollars, bien que le gouvernement albertain se plaigne du manque de réactivité du programme de stabilisation et du faible montant des transferts en santé.

Quant aux dépenses, le gouvernement se félicite d’avoir réussi à les ramener au niveau des trois autres grandes provinces (Ontario, Québec et Colombie-Britannique). C’était un des piliers fiscaux que le gouvernement Kenney s’était fixés.

Peu d’aide pour les Albertains

Malgré ces prévisions de surplus, le budget ne prévoit toutefois pas de mesures pour soulager l’augmentation actuelle du coût de la vie pour les Albertains. Le gouvernement prévoit pourtant que l’inflation atteindra 3,2 % en 2022.

« Je sais que c’est dur. Je regarde ma propre facture d’électricité. Je sais ce que c’est d’aller à l’épicerie.  »

— Une citation de  Travis Toews, ministre des Finances de l’Alberta

Un rabais sur les prix du gaz naturel est mentionné dans les documents budgétaires. Il ne s’appliquera toutefois que pour la saison hivernale prochaine et si le prix du gaz naturel dépasse 6,5 $ le gigajoule.

Bien que ce seuil soit bien supérieur aux prévisions de la province, le ministre des Finances a expliqué que son gouvernement s’est inspiré du rabais mis en place par Ralph Klein il y a plus de 20 ans. Travis Toews a ensuite promis que le rabais pourrait s’appliquer avant octobre 2022, si les prix augmentent fortement avant cette date.

Un homme met des produits dans un rayon de supermarché.

Comme tous les Canadiens, les Albertains font face à des frais d’épicerie en hausse, de même que des augmentations des prix de l’électricité et du gaz naturel.

Photo : Radio-Canada / Nassima Way

Mis à part ce rabais, le gouvernement souligne plutôt l’absence de taxe provinciale de vente comme élément essentiel de lutte contre la hausse des prix.

Je crois que les mesures les plus durables et les plus profitables en période d’inflation sont de dépenser moins, d’emprunter moins et de taxer moins, a déclaré M. Toews en conférence de presse.

Le ministre ne s’est toutefois pas engagé à réindexer les tranches d’imposition fiscale sur l’inflation. Son gouvernement avait suspendu cette indexation en 2019 tout en promettant de la remettre lorsque le budget serait de retour à l’équilibre. Cela signifie que les Albertains peuvent être soumis à des tranches d’imposition plus élevées sans que leur pouvoir d’achat augmente. Travis Toews anticipe une décision à ce sujet en 2023 si ses projections budgétaires se réalisent.

Mettre l’accent sur la santé

La pandémie fait beaucoup moins sentir ses effets sur ce budget. La somme de 1 milliard de dollars est encore budgétée pour aider les différents ministères à faire face aux effets de la COVID-19. C’est toutefois une enveloppe en forte diminution par rapport aux prévisions de plus de 5 milliards de dépenses en 2020.

Environ 750 millions de dollars de contingence sont également inclus pour lutter contre le délestage des chirurgies liées à la pandémie.

Du personnel hospitalier met sont equipement de protection individuel.

Le gouvernement albertain promet notamment de financer plus de lits en soins intensifs.

Photo : Services de santé Alberta/Leah Hennel

Comme promis, le gouvernement albertain souhaite accroître la capacité du système de santé pour faire face aux futures crises. Le budget de la santé augmentera de 1,8 milliard d’ici 2024-2025. L’argent devrait, notamment, servir à créer plus de places aux soins intensifs.

Le gouvernement poursuivra également le financement de projets majeurs d’infrastructures en santé comme l’agrandissement de l’Hôpital régional de Red Deer, déjà annoncé cette semaine.

Le ministre des Finances a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’investissements majeurs dans le système de santé. ll s’agit toutefois d’une augmentation de 2,8 % des dépenses en santé par rapport au budget 2021, soit moins que l’inflation et l’augmentation de la population combinée.

S’attaquer au chômage persistant

L’autre priorité du budget 2022 est l’emploi. J’ai été surpris à quel point il y avait une pénurie de travailleurs dans de nombreuses régions et dans de nombreux secteurs, mais nous avons un taux de chômage supérieur à 7%. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, a expliqué Travis Toews.

Plus de 600 millions de dollars sur trois ans seront dépensés sous la bannière d’un programme appelé Alberta at Work. Essentiellement, le gouvernement s’attelle à ce que les compétences des Albertains correspondent mieux aux professions en demande.

Environ 170 millions de dollars sur trois ans seront, par exemple, consacrés à la création de 7000 places dans des programmes éducatifs de haute technologie, de finances, de santé et d’aviation.

Les montagnes russes vont continuer

Les économistes risquent d’être toutefois déçus après avoir prêché pendant des années de diminuer la dépendance des finances albertaines aux revenus pétroliers.

Au contraire, ce budget est même encore plus sensible à la volatilité des revenus. Chaque changement de 1 dollar du baril de pétrole se traduira par une augmentation ou une baisse de 500 millions de dollars des revenus provinciaux, admet le gouvernement.

Le ministres de Finances de l'Alberta, Travis Toews, en pleine allocution.

Le ministre des Finances de l’Alberta, Travis Toews, croit que la diversification en cours de l’économie permet à la province de se prémunir de la volatilité des prix du pétrole.

Photo : Gouvernement de l’Alberta

Le ministre des Finances, Travis Toews, promet cependant de s’intéresser de plus près au bas de laine des Albertains.

La première chose que nous allons faire, c’est d’arrêter de voler le Fonds du patrimoine, a indiqué M. Toews. Les revenus du fonds seront réinvestis dans le fonds, plutôt que de rejoindre les revenus généraux.

Les surplus non anticipés seront également alloués au paiement de la dette et investis dans le Fonds du patrimoine.

Un budget décevant pour l’opposition

Le Nouveau Parti démocratique a déploré que les prix élevés du pétrole ne soient pas mieux utilisés pour aider les Albertains, notamment les plus vulnérables.

« C’est honteux vu le surplus budgétaire. »

— Une citation de  Rachel Notley, cheffe du Nouveau Parti démocratique de l’Alberta

Ce budget aurait dû être une occasion de soigner les cicatrices de la pandémie en soutenant les familles, en réparant l’économie et en réinvestissant dans les services publics , a souligné la cheffe néo-démocrate Rachel Notley.

Mme Notley est choquée qu’aucune mesure ne soit incluse pour aider les Albertains faisant face à des factures élevées d’électricité et de gaz naturel.

Elle a également reproché au gouvernement conservateur uni d’être encore loin de remplir ses promesses de création de 50 000 emplois.

Quant au budget de la santé, Rachel Notley a calculé que 100 millions de dollars supplémentaires auraient été nécessaires pour que le budget suive le rythme de l’inflation et de la croissance de la population.

Le budget 2022 en 5 chiffres clés

  • Surplus : 511M$
  • Revenus : 62,6G$
  • Dépenses : 62,1G$
  • Dette : 94,7G$
  • Rapport dette/PIB : 16,7%



Reference-ici.radio-canada.ca

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