L’Agence spatiale canadienne avait été avertie d’un présumé espion dans ses murs


C’est ce que révèlent des documents de court obtenus par la Colline parlementaire de CBC à Ottawa (Nouvelle fenêtre), dont les scellés ont été levés à la demande de médias canadiens.

Visé par une enquête interne sur son intégrité, Wanping Zheng a fini par quitter son emploi au sein de l’Agence spatiale en 2019.

Selon un affidavit utilisé pour obtenir des mandats de perquisition sur son téléphone et son courrier électronique, le Service canadien du renseignement de sécurité a envoyé trois avertissements à l’agence spatiale dès 2015 concernant l’ingénieur d’origine chinoise.

Ces déclarations de policiers sous serment viennent contredire l’Agence spatiale canadienne qui affirmait en décembre dernier lors de l’arrestation du présumé espion chinois qu’elle avait agi rapidement dès qu’elle avait été alertée par les autorités fédérales.

Des scientifiques procèdent à des tests sur les satellites dans un atelier de Montréal.

Le SCRS a également demandé à l’agence spatiale cette année-là si Zheng aurait eu accès à des informations relatives à une table anti-vibration — propriété intellectuelle appartenant à l’ASC

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Lors du premier avertissement en 2015 des services secrets canadiens, les agents fédéraux auraient demandé à l’Agence spatiale si Wanping Zheng avait eu accès à des informations relatives à une table anti-vibration, dont la propriété intellectuelle appartient au Canada.

Deux autres interventions ont aussi eu lieu en mars et mai 2016, sur des inquiétudes concernant la « fiabilité » de l’ingénieur dans son lien d’emploi.

Malgré les avertissements, des agents de contre-espionnage du SCRS auraient décidé de faire une présentation aux dirigeants de l’Agence spatiale pour les presser d’agir.

Or, l’événement prévu en septembre 2018 a été annulé à la dernière minute quand les agents fédéraux ont su que Wanping Zheng allait y assister en personne.

C’est finalement le 17 décembre 2018 que l’Agence spatiale canadienne a démarré une enquête sur son ingénieur pourtant dans le collimateur des autorités fédérales depuis longtemps.

Trois jours plus tard, l’ingénieur qui faisait l’objet d’une enquête a quitté son travail pour un congé de maladie. Il a finalement démissionné de lui-même de son poste en décembre 2019.

Lorsque des inquiétudes concernant les activités privées de cet individu en dehors de son emploi sont apparues, le CSA a pris des mesures, notamment une enquête interne et restreint l’accès aux informations, a répété la porte-parole de l’Agence spatiale canadienne, Andrea Matte.

Logiciels sécurisés

Les documents de court révèlent également qu’un logiciel de transfert de fichiers sécurisé et une application cryptée de messagerie ont été retrouvés sur les appareils informatiques appartenant à Wanping Zheng.

C’est l’Agence spatiale qui en aurait fait la découverte elle-même, lors de son enquête interne.

Un mandat de perquisition pour fouiller l’appareil BlackBerry de Zheng a permis aux policiers de savoir que le présumé espion chinois avait communiqué avec aux moins cinq entreprises aérospatiales chinoises depuis 2007.

En septembre 2019, le SCRS a donc contacté la Gendarmerie royale du Canada dans le cadre de son enquête qui avait débuté quatre ans plus tôt. Les agents de contre-espionnage soupçonnaient que des documents classés secrets avaient été transférés à une tierce partie.

Le 15 décembre dernier, la GRC procédait à l’arrestation de l’ex-ingénieur de 61 ans. Ce dernier fait maintenant face à la justice pour abus de confiance d’un fonctionnaire fédéral.

Ces allégations criminelles seront présentées au cours du procès qui va s’entamer contre Wanping Zheng. Ce dernier doit revenir la semaine prochaine devant la justice.

L’Agence spatiale canadienne a refusé de commenter davantage ce dossier en affirmant ne pas vouloir nuire à la cause devant les tribunaux.



Reference-ici.radio-canada.ca

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