La justice en déroute dans le nord du Québec | Radio-Canada.ca



Les infrastructures reliées au système de justice sont souvent défaillantes ou absentes au Nunavik.

La Convention de la Baie-James et du Nord québécois contenait une promesse de bâtir un centre de détention au Nunavik. Mais près de 50 ans plus tard, les détenus du Nunavik doivent encore être transférés vers le sud.

Dans la communauté de Puvirnituq, les six cellules de détention du poste de police peuvent encore accueillir jusqu’à une quarantaine de détenus à la fois. Il s’agit des mêmes conditions qui avaient pourtant été dénoncées en 2016 par la Protectrice du citoyen. Quant aux tentatives de remplacer ces installations, elles n’ont pas encore abouti.

Il y a déjà eu des procureurs installés en permanence à Kuujjuaq, mais ce poste a été aboli en 2018. Les services en matière de réhabilitation des prévenus sont aussi déficients, selon plusieurs intervenants, ce qui contribuerait à des taux de récidive élevés.

Le chef de police du Nunavik, Jean-Pierre Larose, dit qu’il peine parfois à comprendre la logique de l’intervention de l’État dans cette région.

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Jean-Pierre Larose, chef de police, Service de police du NunavikPhoto : Radio-Canada / Olivier Plante

Quand je suis arrivé, il y avait des procureurs de la Couronne qui étaient ici en permanence. Ils ne sont plus ici. Il y avait l’aide juridique. Ils ont quitté également. On a besoin de services supplémentaires, mais on nous en enlève, paradoxalement, dit-il.

Un des rares succès au Nunavik, c’est le déménagement imminent du centre de réhabilitation de Kuujjuaq, nommé Isuarsivik, qui s’installera dans de locaux plus grands. Le projet, qui a pris plus d’une décennie à être réalisé, permettra aux participants de bénéficier de services adaptés à leurs besoins, près de chez eux.

Dans bien des cas, un passage à Isuarsivik fait partie du programme de réhabilitation d’une personne judiciarisée, ou vise à aider le participant à se tenir à l’écart du système judiciaire.

Le président du conseil d’administration, David Forrest, explique qu’Isuarsivik ne cherche pas à guérir une dépendance à l’alcool ou aux drogues, mais bien à traiter les conséquences de traumatismes intergénérationnels liés à des événements tels que l’abattage des chiens inuit, les pensionnats autochtones et la colonisation.

Tout ce qui n’est pas fait en modération est habituellement un signe que quelqu’un cherche à médicamenter ses traumatismes, qu’il souffre d’une blessure à l’âme. Ici, on se concentre sur le traitement des traumatismes, affirme-t-il.

Pour pallier l’absence d’un centre de détention au Nunavik, le gouvernement a récemment mis sur pied un pont aérien entre les principales communautés du Nunavik et la prison d’Amos. Le but était d’éviter que les détenus passent par Montréal et fassent ensuite un périple de plus de 500 km en fourgon cellulaire jusqu’à Amos – un parcours qui incluait de nombreuses fouilles à nu des détenus.

Depuis un an et demi, on a mis sur pied un pont aérien, c’est-à-dire qu’on nolise un avion toutes les semaines et on fait le transport de nos détenus, explique le chef de police Jean-Pierre Larose. Je vous dirais que depuis le mois d’août […] on a une recrudescence de détenus, et on doit ajouter un deuxième avion pour le transport.

Quant aux installations qui ont fait l’objet d’une plainte l’an dernier par la Cour du Québec, des améliorations ont été apportées aux bâtiments par le ministère de la Justice, surtout en lien avec l’acoustique des lieux. Toutefois, une flambée de cas de COVID-19 au Nunavik à la fin de 2021 a freiné tous les déplacements de la cour itinérante vers ces communautés.



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