La diaspora russe albertaine ébranlée par le conflit russo-ukrainien


Trofim Modlyi, âgé de 18 ans, est arrivé au Canada en décembre 2021. Une simple visite à sa sœur se transforme désormais en exil.

En effet, ses parents l’ont informé qu’ils ont reçu un ordre de mobilisation à son endroit. La lettre précise que le jeune homme doit se présenter à un commissariat militaire pour subir une évaluation physique et assister à d’autres événements liés à son enrôlement.

Trofim Modlyi est l’un des nombreux Russes vivant au Canada à l’heure actuelle qui se demandent à quoi ressemble leur avenir avec leur patrie, alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie entre dans sa troisième semaine.

« Je vais certainement rester au Canada parce que je ne veux pas avoir des problèmes et aller à la guerre, aller à la guerre avec l’Ukraine. »

— Une citation de  Trofim Modlyi

Sa sœur, Valeriia Granillo, a quitté Khabarovsk, en Russie orientale, pour s’installer au Canada en 2012.

La jeune femme de 29 ans vit maintenant à Grande Prairie, en Alberta. Désormais citoyenne canadienne, la mère de deux enfants travaille dans le domaine des soins contre le cancer. Elle a suivi l’invasion de l’Ukraine avec stupeur.

« Je n’aurais jamais pensé que [Poutine] irait aussi loin. L’Ukraine est un pays tellement proche de nous, de la Russie, dit-elle. »

— Une citation de  Valeriia Granillo

Selon le dernier recensement (Nouvelle fenêtre), plus de 620 000 Russes vivent au Canada. Certains d’entre eux craignent d’ailleurs que les actions de la Russie affectent leur vie au Canada. Valeriia Granillo s’inquiète aussi de la durabilité de ses relations avec son cercle d’amis ukrainiens .

La spécialiste de la Russie et des migrations à l’Université de Colombie-Britannique, Alexia Bloch identifie une période de grand bouleversement pour la diaspora russe, dans le conflit russo-ukrainien. Pour elle, la situation actuelle sonne en écho avec l’époque où la Russie faisait partie de l’Union soviétique.

Ce moment fait froid dans le dos, souligne-t-elle. Il fait froid dans le dos parce qu’il rappelle la guerre froide… Personne ne veut revenir à cette époque – une époque où l’on avait tant de chagrin et où l’on ne pouvait qu’imaginer comment les gens vivaient.

Valeria Granillo craint également pour son frère. Elle est émue lorsqu’elle envisage la possibilité qu’il participe au conflit.

« Je ne pense pas qu’il soit juste pour quiconque d’aller servir dans l’armée et de tuer des gens ou de mourir pour quelqu’un, surtout si vous ne soutenez pas ce régime. »

— Une citation de  Valeriia Granillo

Le frère et la sœur espèrent pouvoir retrouver leurs parents un jour. Valériia Granillo prévoit d’ailleurs de parrainer leur venue au Canada.

Une décision déchirante

Philipp Solovyev, originaire de Moscou, réside au Canada depuis 2017. Tout comme Valériia Granillo, il est affecté par la guerre qui sévit depuis plus de trois semaines en Ukraine.

Ce jeune homme de 22 ans agit à sa façon. Il participe à des rassemblements à Edmonton pour soutenir l’Ukraine. Il a également fait des dons humanitaires sur place.

« J’ai des membres de ma famille là-bas. Je sais et ils savent que nous ne pourrons peut-être jamais nous revoir. »

— Une citation de  Philipp Solovyev

Le moscovite est déchiré par ce que la Russie représente pour lui maintenant. Est-ce que je m’identifie à ce pays ? Eh bien, après ce qui s’est passé, je n’ai pas envie de me rattacher à cet endroit, dit-il.

Philipp Solovyev regarde son cellulaire assis sur un banc enneigé.

L’Edmontonien d’adoption Philipp Solovyev, originaire de Moscou, craint de ne plus jamais revoir certains membres de sa famille en Russie.

Photo : Radio-Canada / Julia Wong

Philipp Solovyev n’est pas certain de retourner un jour en Russie. Il affirme qu’il ne le fera que lorsqu’un autre gouvernement sera en place.

Avec les informations de Julia Wong



Reference-ici.radio-canada.ca

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