Catastrophes, retards, permis et grenouilles : l’aventure coûteuse de Trans Mountain


Dans le document publié en marge de sa mise à jour de février, Trans Mountain explique l’explosion des coûts et les retards dans la réalisation du projet d’agrandissement par des pressions sur le calendrier et des défis de productivité, qui ajoutent 4,3 milliards de dollars à la facture.

Le coût des inondations et des retards

La pression sur le calendrier a notamment été exercée par les délais d’obtention des milliers de permis des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral, note la société de la Couronne.

Sur le terrain, les inondations en Colombie-Britannique ont laissé dans leur sillage des dépenses supplémentaires évaluées à 500 millions de dollars.

Parallèlement, la productivité de certains entrepreneurs n’a pas atteint les niveaux estimés précédemment, écrit l’entreprise fédérale.

Elle attribue cette productivité minée aux difficultés à trouver des travailleurs expérimentés et à obtenir les permis requis dans les délais prévus, de même qu’à des conditions géotechniques et de sols imprévues.

L’annulation de contrats à la suite d’accidents s’avère également onéreuse pour l’entreprise fédérale, comme le montre le rapport financier du troisième trimestre de 2021 de la Corporation de développement des investissements du Canada, qui est propriétaire du pipeline.

Le coût de la protection environnementale

Les questions de sécurité et d’environnement ont nécessité des investissements supplémentaires évalués à 2,8 milliards de dollars, selon Trans Mountain.

Des tuyaux sont en train d'être mis en terre lors de la construction d'un pipeline.

Selon l’entreprise, la nouvelle partie du pipeline devrait être mise en service à la fin de septembre 2023.

Photo : Twitter @TransMtn

En plus des 90 millions de dollars de plus liés à l’achat d’équipements de détection de fuites à la fine pointe de la technologie, la société de la Couronne dit avoir dépensé 50 millions de dollars de plus que prévu pour protéger la faune dans ce qu’elle qualifie d’efforts non planifiés.

Ainsi, plus d’une centaine de fourmilières, près de 150 000 amphibiens et des milliers de poissons et d’escargots ont été relocalisés.

Trans Mountain a également créé des domiciles permanents pour les serpents et les oiseaux, en plus de marquer ou d’aménager des passagespour des serpents, des blaireaux, des escargots, des grenouilles et des fourmilières le long du tracé.

Quand la COVID-19 rend le budget fiévreux

Les deux années de pandémie de COVID-19 ont aussi été coûteuses pour le projet d’agrandissement de Trans Mountain.

Les frais liés au dépistage, aux équipements de protection personnelle, aux réaménagements des camps de travailleurs, aux autres mesures de sécurité et aux quelque 3000 cas dépistés chez des travailleurs ont été un fardeau supplémentaire à porter pour la société de la Couronne.

200 millions de plus pour les Autochtones

Outre l’argent consacré à l’environnement et à la sécurité, Trans Mountain estime avoir investi 200 millions de dollars de plus que prévu dans la formation et la création d’occasions d’affaires pour les communautés autochtones.

L’entreprise prévoit ainsi dépenser un total de 580 millions de dollars dans des ententes en la matière avec les Premières Nations.

Par ailleurs, Trans Mountain dit avoir besoin de 1,7 milliard de dollars pour financer la dette accumulée au cours du projet.

Des tuyaux entreposés dans une cour clôturée.

La société de la Couronne explique l’augmentation des coûts par des investissements environnementaux et des retards dans l’obtention de permis, notamment.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Gagnon

À qui la facture?

Quant à savoir qui épongera la fuite budgétaire, le gouvernement et sa société ne semblent pas s’entendre.

Si Trans Mountain comptait sur le gouvernement pour absorber l’ensemble de la facture, la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a fait savoir, en février, qu’elle ne comptait pas investir un sou de plus dans le projet.

Trans Mountain devra obtenir ce qui lui manque en matière de financement en comptant sur de tiers partis. Ce sont tout de même les contribuables qui hériteront de la dette tant que le pipeline appartiendra au gouvernement.

En attendant, la fin des travaux est prévue pour le 30 juin 2023, soit neuf mois plus tard que ce que prévoyait le calendrier originel.

À ce retard, il faut encore ajouter l’obtention des permis d’exploitation, ce qui repousse la mise en service à la fin de septembre 2023, selon l’entreprise.

Ailleurs sur le web :

Radio-Canada n’est pas responsable du contenu des sites externes.

Avec les informations de David Thurton



Reference-ici.radio-canada.ca

Leave a Comment