Absence du français dans le cadre d’une exposition métisse au WAG



L’exposition Kwaata-nihtaawakihk, qui signifie accouchement dans la douleur en langue métchif, a été organisée en l’honneur du 150e anniversaire du Manitoba. Elle met notamment de l’avant l’héritage de Louis Riel.

Les cartels et les explications de l’exposition sont rédigés en anglais. Des titres d’œuvres ont également été traduits en métchif. Or, aucun cartel n’a été traduit en français, ce que déplore l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM).

La présidente de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba, Paulette Duguay, note qu’un musée d’envergure nationale, comme le Musée des beaux-arts de Winnipeg, devrait être plus sensible aux questions de bilinguisme, surtout pour cette exposition qui parle de la création de la province du Manitoba.

Paulette Duguay a indiqué à Radio-Canada que l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba a l’intention de demander une rencontre avec des responsables du Musée des beaux-arts de Winnipeg à ce sujet.

Au moment de publier cet article, le Musée des beaux-arts de Winnipeg n’avait pas répondu à la demande d’entrevue de Radio-Canada à savoir si les cartels allaient être éventuellement traduits en français.

La commissaire de l’exposition, Cathy Mattes, nous a toutefois indiqué que le Musée des beaux-arts de Winnipeg espère pouvoir offrir des ateliers en français dans le futur, tels que des ateliers de broderie de perles et des échanges à la table, en collaboration avec l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba.

Une occasion manquée

L’artiste pluridisciplinaire et Métis, Éric Plamondon, est déçu de l’absence de la langue française dans l’exposition, mis à part pour les noms de famille connus tels que Riel, Vermette et Delorme.

C’est également le cas de plusieurs autres personnes métisses francophones avec lesquelles s’est entretenue Radio-Canada.

Quand on navigue dans l’exposition et que des moments historiques sont présentés en anglais, comme un enregistrement à propos de Louis Riel quand il a tenté de prendre son siège au parlement, ça fait un peu front à ce qu’on connaît de notre histoire, de notre culture qui donne beaucoup de place à la francophonie, explique M. Plamondon.

Éric Plamondon se réjouit tout de même de la place qui est donnée à la culture métisse dans cette exposition.

Il y a une richesse abondante à faire la juxtaposition d’artefacts de l’époque (…) à celles d’artistes contemporains.

Il a toutefois quitté cette exposition avec le sentiment que malgré tout l’espace qui a été donné pour l’art et la culture métisses, on est passé à côté de quelque chose d’important pour notre communauté.

La francophonie ancrée dans l’histoire métisse

Les Métis d’expression française ont vraiment organisé la résistance [à la Couronne], explique l’historien Philippe Mailhot.

Ils se sont plus tard associés aux Métis anglophones afin de négocier l’entrée dans le Canada de la province du Manitoba, en 1870 , ajoute-t-il.

Louis Riel [le porte-parole des Métis] voulait protéger les droits des francophones, des catholiques et des Métis à l’intérieur de cette nouvelle confédération. Il ne voyait pas un État francophone seulement, mais plutôt bilingue.

Des langues métchif-anglaise ou métchif-française étaient également parlées à l’époque de la création du Manitoba et les gens parlaient souvent plusieurs langues, explique M. Mailhot.

Cet historien croit que Louis Riel ne serait pas en accord avec la représentation de la culture métisse d’un point de vue anglophone seulement.

Si l’exposition [du Musée des beaux-arts de Winnipeg] parle vraiment de l’origine du Manitoba et du rôle des Métis, […] Louis Riel aurait été déçu qu’elle ne soit pas bilingue. Pour lui, c’était important de reconnaître l’espace francophone.

L’exposition a débuté samedi et se poursuivra jusqu’au 3 septembre 2022.



Reference-ici.radio-canada.ca

Leave a Comment