20 ans de prison ferme contre le pédophile Kevin Marsh de Toronto


Attention : des éléments de ce texte pourraient choquer certains lecteurs.

D’entrée de jeu, le juge Peter Bawden a expliqué que Kevin Marsh présentait deux fois le risque de récidive que tout autre pédophile.

Il ne fait aucun doute qu’il est dangereux et qu’il faut protéger le public en général et ses quatre jeunes victimes en particulier, a-t-il déclaré.

Il est d’ailleurs grand temps que les châtiments contre les pédophiles soient plus sévères au Canada, a-t-il dit en citant la jurisprudence à ce sujet.

En débutant la lecture de sa sentence, la gorge nouée par l’émotion, le magistrat a rappelé que les victimes étaient issues de deux familles et dont il avait la garde par moments.

Le tort qu’il a causé est irréparable, a-t-il ajouté en précisant que l’individu remplissait tous les critères associés à la définition juridique du délinquant sexuel dangereux.

Les victimes les plus jeunes ne comprenaient même pas ce qui leur arrivait à leur époque, souligne-t-il.

Verdict de culpabilité

Kevin Marsh a été reconnu coupable en janvier et en mars de 35 accusations de nature sexuelle. Sept autres accusations ont été suspendues avec sursis.

Il avait été arrêté en octobre 2017 par la police de Toronto pour des faits reprochés qui ont été commis de 2002 à 2017.

Les victimes ont été agressées sur une période de 15 ans et à différents âges durant l’enfance et l’adolescence. La plus jeune avait 4 ans lors de sa première agression et la plus âgée avait 17 ans pour la dernière.

Le magistrat n’avait pas de mots assez forts pour décrire les crimes de l’individu, les qualifiant d’horribles, d’ignobles et de dépravés.

L’idée qu’il a tenté de pénétrer une enfant de 4 ans est répugnante, a-t-il poursuivi.

« Certaines de ses victimes ont souffert énormément, il leur a volé leur jeunesse et leur capacité à aimer et à entretenir des relations avec autrui. »

— Une citation de  Peter Bawden, juge de la Cour supérieure de l’Ontario

Le juge explique que Marsh a abusé de la confiance des familles des victimes et des quatre fillettes, en plus d’offrir aux victimes des cadeaux pour garantir leur silence.

Il précise qu’il a offert plus tard à leur adolescence de la drogue et de l’argent pour continuer à les réduire au silence.

Les mains d'un détenu à l'extérieur des barreaux d'une cellule de prison.

Le juge Bawden n’a pas précisé dans quel pénitencier sera incarcéré Kevin Marsh.

Photo : La Presse canadienne

On comprend dans la sentence qu’au moins une victime est aux prises aujourd’hui avec de sérieux problèmes de dépendance après avoir consommé des drogues de rue.

Une victime a en outre dû être placée en voyer d’accueil.

Le magistrat souligne par ailleurs que le pédophile est allé jusqu’à commettre l’horreur de marquer deux de ses victimes au fer rouge, en tatouant leur corps de symboles obscènes.

Les psychiatres qui ont rencontré l’individu en détention en prévision de son audience sur la détermination de la peine ont identifié un trouble sévère de pédophilie, un trouble de la personnalité antisociale et un trouble grave lié à la consommation de substances.

Il s’agit d’un état chronique pour lequel il n’existe aucun remède, mais qui peut être traité, a-t-il répété en lisant son jugement.

Une présence anxieuse

Kevin Marsh a assisté par visioconférence au prononcé de la sentence à partir du Centre de détention de l’est de Toronto.

Il était vêtu d’une tenue de prisonnier orange et il avait retroussé ses manches laissant apparaître d’énormes tatouages sur ses avant-bras.

L’individu de 44 ans, qui portait une barbe proéminente, visiblement nerveux, n’a cessé de faire les cent pas dans le cubicule de la prison réservé aux audiences virtuelles.

L’une de ses victimes était présente à l’audience virtuelle.

Le procès avait montré qu’il rejetait toute responsabilité et qu’il s’agissait d’une conspiration de la part de ses victimes, dont deux sont encore adolescentes.

Il continue à nier les faits et il ne montre toujours aucun remords pour ses crimes, a souligné le magistrat.

Raisonnement du juge

La Couronne avait réclamé un châtiment extraordinaire dans de telles circonstances, soit la peine à perpétuité, mais avec la possibilité d’une libération conditionnelle qu’elle n’a pas fixée toutefois dans le temps.

La défense avait demandé une peine conventionnelle contre les pédophiles, soit de 12 à 15 ans de prison.

Kevin Marsh écope donc de quatre peines consécutives de 10, 7, 7 et 6 ans pour chacune des victimes, pour une peine totale de 30 ans de prison que le juge a réduite à 20 ans de détention ferme dans un pénitencier.

« Ma décision respecte les principes de punition, de protection du public, de dissuasion et de dénonciation, voire même de réhabilitation. »

— Une citation de  Peter Bawden, juge

L’individu devra ensuite purger sa peine durant 10 autres années dans la communauté dans des conditions très strictes que lui a imposées le tribunal.

Le juge estime qu’une telle condamnation est juste, appropriée et proportionnelle à la gravité des crimes commis.

Il laisse ainsi entendre que la réinsertion sociale de Kevin Marsh reste possible, mais à la condition qu’il poursuive ses traitements en détention, même si ses troubles de santé sont intraitables.

Un châtiment conventionnel ne protégerait pas assez le public, ajoute-t-il.

Large remise de temps

À la demande conjointe des deux parties, le juge a accepté de lui accorder une déduction de 8 ans pour les années qu’il a passées en isolement cellulaire durant sa détention préventive depuis son arrestation en 2017.

Le juge a reconnu du bout des lèvres que Marsh avait enduré des conditions difficiles en prison, à cause de la pandémie, des périodes de confinement et des menaces qu’il dit avoir essuyées de la part des codétenus.

Kevin Marsh sera admissible au plus tôt à la libération conditionnelle en 2030. Le magistrat l’a prévenu qu’il sera à nouveau arrêté s’il devait briser les conditions de sa libération conditionnelle.

Vous finiriez alors de purger le reste de votre peine en prison, en plus de devoir faire face à une nouvelle condamnation pour une telle infraction, a-t-il déclaré.

Si Kevin Marsh devait être libéré à cette date, il faudra qu’il finisse de purger les 4 dernières années de sa peine dans la communauté avant d’entamer la seconde partie de son châtiment, soit 10 ans à vivre sous surveillance constante.

Le pédophile a été inscrit au registre des délinquants sexuels dangereux. Il devra en outre fournir un échantillon de son ADN aux autorités.

Il lui est formellement interdit d’entrer en contact avec ses victimes et leurs familles. Il lui sera proscrit d’utiliser des appareils électroniques ayant un accès à Internet pour éviter qu’il ne fréquente des sites pornographiques ou des salons de clavardage.



Reference-ici.radio-canada.ca

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